Comme je l’ai écrit dans mon profil, j’ai fait partie d’une secte, disons plutôt mouvement sectaire, parce que si je pouvais porter plainte contre une personne précise, un gourou, ça serait déjà fait. Bref, ça a duré cinq ans. Et je m’étonne toujours que ça ait duré aussi longtemps, je cartonne à l’uni, alors comme ai-je pu avaler toutes ces c… ?!? J’ai souvent pensé avoir assisté à des phénomènes proches de l’hypnose, parfois de l’hypnose de masse, ça me mettait mal à l’aise, mais j’ai jamais fichu le camp… ‘fin, tout ça est bien complexe.
J’ai trouvé quelques pistes dans Trans-formations de Bandler et Grinder, les fondateurs de la PNL.
Après que les auteurs aient expliqué comment mettre une personne en transe, et comment la guérir de différents maux, notamment des problèmes physiques, comme des engourdissements, des problèmes d’équilibre, des douleurs inexpliquées, des paralysies hystériques, une personne pose une question (le livre est la transcription d’un séminaire).
Il faut quand-même que j’explique, pour la bonne compréhension du passage, que l’une des techniques pour faire disparaître un symptôme est de lui permettre de n’apparaître que quand il est utile, considérant que le symptôme est un message de l’inconscient qui est plus utile quand il n’est pas permanant. L’autre est de créer un contexte dans lequel la seule solution pour l’inconscient du client est de réagir en stoppant le symptôme.
Un exemple de cette dernière technique : un client arrive en disant qu’il ne peut pas entrer en transe et que le thérapeute, on ne sait pas si c’est Grinder ou Bandler, ne pourra rien lui faire faire. Alors le thérapeute fait la chose suivante : il écrit quelques mots sur une feuille, se place devant le client et lui dit quelque chose du genre : « Vous entrez en transe…de plue en plus profondément…si bien que votre corps est lourd... si lourd que vous ne pouvez pas vous lever… ». A ce moment, le client se lève d’un bond, alors le thérapeute ouvre sa feuille et montre ce qu’il a écrit : « Maintenant vous êtes debout ». Le client a laissé tomber sa croyance que l’on ne pouvait rien lui faire faire en thérapie. Le thérapeute a créé un contexte qui a changé la croyance de son client.
Donc avant le passage qui m’a intéressée, une participante du séminaire demande si les guérisons que j’ai citées plus haut correspondent à une guérison par la foi. Je précise peut-être que l’une de mes meilleures amies à l’époque de la secte avait le bras droite de la taille de celui d’un enfant de 7 ans, et qu’il a grandi suite à une prière au point qu’elle a du faire reprendre tous ses vêtements. Voici ce que les auteurs répondent :
« Les guérisseurs proposent un contexte dans lequel la réaction logique est de changer, et ils font un bien meilleur travail que beaucoup de thérapeutes ou que la plupart de nos étudiants, parce qu’ils sont convaincus de ce qu’ils font, et qu’ils sont donc plus congruents.
J’ai effectué une guérison un jour. Je suis allé à une réunion religieuse et j’avais l’air d’un saint (connaissant nos deux lurons, ils sont capables de prendre les postures et les expressions verbales d’une personne considérée comme très spirituelle pour avoir l’air d’un saint, c’est moi qui rajoute). Tout le monde me regardait et je leur ai communiqué l’idée que j’étais en relation avec Dieu (qu’est-ce qu’il faut faire dans un milieu religieux pour avoir l’air d’être en relation avec Dieu ? dans le milieu que j’ai fréquenté, tomber par terre était une bonne technique, parler dans une langue inconnue aussi, d'ailleurs à propos de tomber par terre, pour montrer à quel point c'est une interprétation, un soir une fille était tombée dans les pommes, et tout le monde avait crié alléluia les bras en l'air (no comment, contre la bêtise, les dieux eux-même luttent en vain, comme disait Assimov), c’est moi qui rajoute). Je leur ai dit que j’avais le don divin de guérir à main nues (c’est vrai que les médecins mettent des gants, ça fait plus scientifiques, mais dans une église, ça fait pas très spirituel !!! C’est encore moi…). Je les ai convaincu et j’en ai guéri quelques uns. En fait, je ne sais pas comment ils ont réussi à se guérir eux-mêmes, tout ce que j’ai fait a été de leur fournir un contexte dans lequel ils ont pu réagir de manière appropriée, et comme je ne me suis pas moqué d’eux après, ils sont restés guéris et leur vie a changé. »
Trans-formations, Bandler et Grinder, InterEditions (1998, 1999)
Beaucoup de gourous utilisent l’hypnose sans le savoir, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, mais ça me pose un sérieux problème que, même après qu'on leur ait fait remarquer que cela n'a rien de surnaturel, ils fassent passer les guérisons pour l’opération du Saint-esprit, dans le but pousser les gens à croire que la volonté de Dieu allait dans tel ou tel sens, en réalité la leur.
Il me vient une idée à propos de l’effet Pygmalion de certaines prières, ou de leur statut de self-fullfiling prophecy, mais je garde ça pour un autre jour.